Un bourreau déguisé

Tu es victime de ta propre vie tant que tu ne la regarderas pas et que tu ne la considèreras pas comme étant tienne. Tu es victime de ta puissance qui n’est que souffrance lorsque tu ne prends pas la responsabilité de ta vie, de ton nom et de l’application de ton respect.

Tu finiras par te comporter en simple martyr du nouveau siècle soumis aux effets hypnotisant et addictif de cet état.

Ta puissance sera ta souffrance tant que tu chercheras la reconnaissance et la consolation à l’extérieur de toi.

Ta puissance se travestira en souffrance que tu as cherché à légitimiser face aux autres.

Ta puissance est un déni lorsque tu te flagelle avec le nom de victime.

Or, la mise en marche de cette puissance prend une volonté brulante de se reconnaitre, de se légitimiser dans son chemin en toute intimité. Et une fois réveillée, elle ne te soumettra plus aux effluves du monde qui t’assourdissent de troubles et de terreur.

La puissance ne sera présente que lorsque tu seras capable d’agir, d’avancer, de décider selon ce que tu es sans jamais devoir le défendre ou le poétiser face à l’autre.

La puissance est une arrogante snob, qui sait ce qu’elle vaut et qui ne se laisse avoir par des pleurs et des manipulations. Elle laisse ces moyens de séduction à la souffrance qui se vend si peu cher qu’elle finit parfois par se donner à ceux qui l’effleurent à peine du regard.

Laura.B

Les racines de la force

On ne peut jamais se dévoiler. On ne doit jamais se dévoiler, car l’autre peut prendre la parole sur ce qui nous appartient, même nos troubles.

On ne peut jamais se dévoiler car on ne devrait jamais laisser à l’autre l’occasion d’insérer ce qu’il pense, ce qu’il est sur ce qui nous compose. Surtout nos troubles.

Personne ne devrait s’immiscer dans la réalité de l’autre, personne ne devrait croire avoir la responsabilité de supporter, d’épauler ou de relever l’autre. Car il ne se connait pas suffisamment lui-même, il ne se maitrise pas suffisamment. Et même si ce dernier était un rare prototype de l’évolution de l’Homme en perfection, il ne devrait s’imposer dans la galère d’un tier.

On ne peut jamais exposer ce que l’on est même au plus parfait des individus car une parole parfaite peut-être comprise d’une manière des plus imparfaites. Seul l’individu peut s’aider, lui-même, malgré toute la peine que cela lui prendra, il devra s’écorcher et souffrir pour marcher au lieu de s’appuyer sur son voisin, surtout si celui-ci propose son aide. Il risquerait de trébucher aussi.

On ne peut se jeter en pâture pour se sortir de la boue. Et quelle force il faudra pour s’en sortir. Quelle volonté, mais surtout, quel abandon de soi-même. Car il faudra se laisser sombrer, laisser sombrer toutes ses croyances, tous ses défauts bien plus appréciés que ses qualités non plus réelles. Il faudra se vider, se purger de tout ce que l’on est pour évacuer avec cela la tristesse, la blessure, l’abandon de soi-même dans cette existence désertée de toute vie.

Et c’est une fois au sol, après un coup, deux coups, mille et encore, que l’on devra se tenir inerte. Non pour faire le mort, non pour se protéger, mais pour mourir.

Pour laisser partir l’égo, pour laisser disparaitre l’arrogance de la vengeance qui tend à se remettre dans une même situation.

Non, il faut se laisser pour mort, et soi-même, se croire mort, pour se relever, bien plus tard, bien trop tard pour certains, mais au juste moment.

Car le juste moment est celui où la colère apparue durant chaque coup, la colère bloquée, inutilisable, après chaque coup, se développe. Comme un arbre immense, il faut la laisser pousser, la laisser murir car ses fruits ne se révèlent pas à chaque coup de pluies.

Et cette latence, étendu sur le sol, est l’unique moment d’intimité que l’être a avec lui-même, pour se révéler. Pour se révéler les secrets qu’il n’avait jamais osé se dire, jamais osé assumer. Pour se supporter et s’enserrer malgré l’inertie de son corps.

Mais gare à la main tendue, car l’autre sera celui qui te relèvera avant de te remettre à terre. Non pas qu’il le veuille sciemment, mais un Homme qui se tient debout sans s’y être mit par lui-même, par le biais de ses propres jambes, de sa propre volonté, ne tiendra pas.

Et seul un Homme qui se tient debout par sa seule force peut révéler son identité réelle au monde, peut se dévoiler, car plus aucun coup ne peut lui être infligé. Car il aura dépassé le doute de ce qu’il est et pourra l’incarner pleinement, sans défaillir, sans plus jamais tomber. L’arbre aura prit racine dans les limbes de ses blessures transcendées.

Laura.B

Cet amour de choc

Le choc t’a pris aux tripes avant même que tu ne t’en aperçoives. Pourtant tu t’en doutais, tu le sentais venir, malgré ton occulte ingénuité.

Il te prend, il t’attrape et il te plaque contre le mur que tu regardais par peur de te retourner, par peur d’agir. Il te plaque pour que cette fois, tu regardes autre chose que ces briques, pour que tu n’ai pas d’autre choix que de voir la vie que tu as, la vie que tu mènes, et dont tu ne te rends même plus compte de mener au point d’être devenu un automate humain suivant une foule qui n’existe plus que par l’expérience, la mémoire et les dires.

Mais là, plaqué contre ce mur, c’est la délivrance, mais tu ne le sais pas encore. Et si tu n’es pas honnête, tu ne le sauras jamais. Car à ce moment-là, tu es vivant.

C’est une contraction que tu peux décider de mettre à terme et te donner vie avec le savoir que tu as obtenu via ce choc. Ou alors, tu peux juste subir la contraction, la tentative de naissance refoulée, en souffrir, et continuer à ne pas vivre ta vie en observant le mur te faisant croire qu’il n’y a rien derrière toi, que ta vie n’est qu’un amas de briques que tu tentes de dissoudre.

Car tu crois qu’il te faut le démanteler ce mur pour te sentir vivant, pour être heureux. Alors qu’il n’y a rien derrière ce mur, c’est derrière toi, que t’as vie est. C’est derrière ce que tu n’oses pas faire, te retourner, assumer que tu t’es trompé toute ta vie à regarder, à épier, à espérer, à forcer contre quelque chose qui n’est pas la réponse, ta réponse, et qui ne le sera jamais. Accepter que tu te sois trompé, puis te retourner.

Deuxième obstacle, aller vers l’inconnu. Vers ton inconnu, vers le leur. Car le monde fait face à ce mur et personne ne peut oser se retourner… parce que tout le monde le fait. Alors comment serait-ce une erreur ? N’est-ce pas.

Et ce choc, cette part de toi, cette part de vie en toi qui ne cesse de t’appeler, de te secouer, pour que tu la prennes et que tu la conscientise, et que tu la représente. Elle se doit de se transformer en choc pour te faire réaliser ce que tu ne peux pas faire toi-même, ce que l’on ne t’a jamais appris à faire. Et ce que l’on ne pourra jamais te reprocher de ne pas pouvoir faire. Car l’Homme a bien trop vécu de souffrances et de chocs qu’il n’a pas supporté pour, en plus, se sentir impuissant face à sa propre délivrance. Ces chocs peuvent être aussi révélateurs que destructifs, et la nécessité de chacun à prendre soin de soi sans trop s’effrayer est une tentative de survivre et de ne pas se remémorer les traumas. Des traumas encore plus paralysants face à ce mur. Car des souvenirs qui noircissent et empirent avec le temps.

Mais le choc, cette intelligence, a bien appris de ses erreurs et choisi le moment opportun pour s’en prendre à son Homme, pour surgir de nulle part, le prendre par les épaules et le plaquer contre ce maudit mur d’une violence qu’il ne pourrait oublier. Non pas une violence physique, mais psychologique.

Car voir ce qu’il n’a jamais vu, pire, ce qu’il a toujours su mais n’a jamais osé voir, jamais choisi d’écouter, est la violence psychologique du choc. Ce dernier est la matérialisation du déni de son propre ressenti qui, après avoir susurré avec amour aux oreilles de son être, change de forme et se présente brusquement avec autorité et force.

Soit, la solution est la même, mais le vécu change grandement. Et le ressenti ne se vit, ne s’assume, que lorsque trop de chocs ont été subis. Malheur à ces Hommes qui devront passer par ces étapes incontournables de leur existence. Grand bien à ceux qui pourront en prendre conscience et voir leur choc comme un allié qui n’a été envoyé que par leur propre amour et estime sous une autre forme. Sous une forme intransigeante.

Mais, finalement, lorsqu’il y aura de moins en moins d’individus à regarder ce mur, peut-être ces chocs ne seront plus aussi nécessaires ? Attention à cette croyance, le choc qui arrive.

Laura.B

La promesse de la peur

La peur. Elle t’enserre l’estomac, elle te rappelle à l’ordre, tout le temps, tant qu’elle est là.

Elle ne te lâche pas, elle ne veut pas perdre sa suprématie sur toi. Mais sais-tu qui elle est ? Sais-tu que ce n’est que toi, cette peur ?

La peur est la part de toi la plus réelle que tu puisses rencontrer dans ton existence. Rien ne peut plus te définir à part cette dernière. Elle représente tous tes blocages, toutes tes limites qui ne sont en réalité que ce que tu dois dépasser, ce que tu dois transcender pour te rapprocher un peu plus de ce que tu es. Ce que tu es est derrière toutes tes peurs.

Et toutes tes peurs traversées te permettront de te devenir.

Comment alors, peut-on dédaigner un maître aussi intolérant que qualifié, lorsque l’on sait qu’en réalité, ce n’est pas le maître qu’il faut reprendre, mais l’ignorance de l’élève. De l’individu qui ne sait pas faire face à ce qu’il est réellement, à sa propre grandeur.

Car il faut beaucoup de forces, beaucoup de volonté pour aller au-delà de ce que cette peur propose. Pour pouvoir la regarder de haut puis finalement, l’ignorer. Ou plutôt serait-ce elle, qui ignorera l’Homme ?

Car l’Homme sera devenu sa peur, il se sera réunifié avec cette part de lui qui ornait toutes ces formes maléfiques qui le tétanisaient et le paralysaient.

La peur est le yang du futur de l’Homme. Si l’Homme parle à sa peur, il ne parle qu’à lui, venu d’un temps futur.

Laura.B

Les dires de l’ombre

Il y a une urgence à arrêter de se chercher dans l’autre. À cesser de se chercher pour se trouver dans un présent où l’on n’est pas ce que l’on souhaite, enfin, où l’on n’est pas ce que le monde souhaite.

Car, quelle est cette idée d’évolution ? Peut-on évoluer consciemment ? Peut-on être le directeur de sa propre évolution, pire, de celle de son propre peuple ? N’y a-t-il pas une modestie à retrouver dans ce schéma-là ? N’y a-t-il pas une liberté à dérober dans ce mensonge-là ?

Quel est le but de l’Homme dans sa vie ? Être aimé ? Être respecté ? Avoir du pouvoir ? Du pouvoir sur quoi ? Il n’a aucun pouvoir sur lui-même, il ne s’aime et ne se respecte pas.

Il ne se comprend même pas, il ne s’assume pas, mais il prétend savoir où il va, en tout cas, quand on lui parle. Mais seul, il est perdu. Seul, sans objet, sans action, sans l’autre, il est perdu. Parce qu’il ne peut que voir ce qu’il ne cherche qu’à fuir. Non pas ses failles, non, mais la non acceptation de celles-là. Il ne peut faire face au fait qu’il soit honteux de ses failles. Il ne peut se tenir droit avec son ombre à ses côtés. Il ne peut présenter son ombre aux autres parce que les autres ne pourraient voir qu’ils en ont une, eux aussi. Il ne serait pas compris, il ne serait pas aimé, ni respecté, ni puissant.

Et pourtant.

Se présenter au monde avec son ombre c’est se présenter en qualité d’Homme libre de toute doctrine, de toute coutume, de toute domination sociétale et religieuse. Car cette ombre n’est qu’un reflet informe du réel, qui ne fait que suivre son sujet pour être reconnue. Une fois reconnue, elle ne fait plus peur, elle est mise à jour, elle n’est plus.

Comment pourrait-on deviner que cesser de se chercher, cesser de tenter de bousculer une évolution que l’on ne comprend pas est de simplement se tenir fermement debout face à son ombre sans chercher à la nuire ni à la défendre. Accepter ce que l’on est tout en sachant que ce n’est pas ce que l’on est. Car le présent n’est qu’une partie non finie de ce qu’est l’individu. Et l’individu est bien trop complexe et parfait pour se contrôler lui-même, pour se référer à son ombre et à celle des autres.

Car dans cette quête de la perfection et de cette vue biaisée, l’Homme est tellement occupé à chercher sa solution, sa lumière ailleurs, qu’il laisse son ombre derrière lui, toutes ses failles et ses traumas qu’il ne voit pas, qu’il ne connait pas ou qu’il renie pour finalement être poussé dans des actions qui ne mèneront à rien d’autre que d’être forcé à se retourner pour la voir.

Et le monde est rempli, régit, contrôlé par des ombres, qui poussent l’Homme à se retourner.

Laura.B